Je ne sais pas si c'est de vieillir qui me rend plus sensible à ce genre de choses, où si c'est simplement parce que je perds mes neurones, et que ceux restants ne sont plus suffisamment nombreux pour me faire réfléchir de manière cohérente et rationnelle, où si j'ai pété une durite, qui sait...
Depuis vendredi matin, les larmes n'ont quasiment pas arrêtées de couler. Le plus dur a été samedi, quand il a fallu passer la première journée sans elle, et tomber sur des instants ou des objects qui faisaient penser à elle, ponctuant notre quotidien mieux qu'un coucou suisse. J'en ai profité samedi pour me refaire une petite entorse sur ma double entorse d'il y a trois semaines, histoire de pimenter un peu le week-end.
Dimanche matin, c'était l'horreur. Stef et moi étions inconsolables. Notamment parce que notre Buffy exprimait d'une tristesse encore plus grande que d'habitude. Elle restait dehors, en position stratégique de scrutage de portail et en attente du retour de sa copine. De nouveau, chaque petits indices de la présence de Keen nous plongeait dans le vide et nos yeux étaient noyés de larmes. Mais nous avions décidé de rester à la maison tous les trois pour essayer de trouver un nouvel équilibre quotidien, passant de la chaise à quatre pieds au trépied.
Dimanche après-midi, je décidais de monter au grenier pour trouver le carton rassemblant les quelques centaines de photos mal triées que nous conservons comme d'hypothétiques souvenirs de notre manque de talent photographique. J'en suis redescendu avec un plein sac, et, installé sur la table de la salle à manger, nous avons commencé à parcourir ces photos avec Stef. Ce fut un bon moment passé tous les deux, à revoir tout un tas de conneries et voyages que nous avions pu faire, glanant deci-delà des photos de notre Poilue, de 7 à 77 ans. Certaines nous ont fait rire, d'autres sourires et d'autres enfin pleurer de nouveau. Et parfois, les trois à la fois.
Puis mes parents sont arrivés, nous les avions invités à dîner.
Je ne me suis pas aperçu tout de suite du changement qui s'était opéré. Je n'en ai pas pris conscience immédiatement. Mais après un moment, assurément, il s'était passé quelque chose. Toute la journée avait été ponctuée de larmes, et dès la fin de l'après-midi, je n'avais plus cette tristesse oppressante. Ma tristesse était douce, les instants souvenirs.
J'ai alors pris conscience que le manque et le vide s'était estompé d'une manière que je ne pouvais expliquer. C'était si soudain, si brutal que ça ne pouvait pas être conscient. Ce n'était ni une volonté, ni l'oeuvre du temps, ni même, en tout cas, je le pense, un réflexe inconscient de protection. Non, rien de tout ça.
A y réfléchir, si Keen ne me manquait plus, c'est qu'elle était là, près de nous, où en tout cas qu'elle était passé nous dire que tout allait bien et nous apaiser. Je peux regarder les photos, et je suis heureux de nos moments. Je peux balayer la maison du regard et m'arrêter quelques instants sur "ses" endroits, et je souris; je ne pleure plus. Je la ressent. Ma Poilue est là.
Certains vont me dire que j'ai trop bu, que je déraille, que j'ai perdu la boule. Mais je suis aujourd'hui convaincu de ça. Et pourtant, je ne suis pas un adepte des bondieuseries et consorts. Mais je pense quand même que certaines choses nous dépassent et que l'ensemble cartésien n'est pas tout. Maintenant, je ne cherche à convaincre personne. Je vous raconte tout simplement ce moment vécu.
